Le bonheur vient une maille après l’autre…

[…]

Birgit entra d’autorité, suivie d’une adolescente boudeuse en plein âge ingrat, qui lui tendit en silence une pelote et des aiguilles.

– Je te présente Pia, ma petite-fille. Elle ne parle pas du tout le français et pas très bien l’anglais. De toute façon, elle fait le gueule toute la sainteté de la journée.

Chloé tenta un sourire timide à l’intention de Pia, laquelle le lui rendit furtivement avant de reprendre sa moue boudeuse et de tourner les talons. ”Enfin une qui n’a pas été contaminée par le hygge”, pensa Chloé, sans éprouver de reconfort pour autant, sa morgue s’étant sérieusement émoussée devant sa petite performance pathétique quelques minutes auparavant.

Chloé contempla, sceptique, la pelotes de laine. Birgit posa le plateau sur le bureau, la fit s’asseoir sur le lit et s’installa à ses côtés.

– Quand j’étais jeune, j’avais de la panique attaque moi aussi.

– Non mais pas du tout, ce n’était pas de…

– Mon petit, ne t’inquiète pas, je ne dirai rien à personne. Ce que je voulais te dire, c’est que le tricotage, ça m’a beaucoup aidée.

– Heu, je… Vous savez moi, les travaux manuels…

Birgit fit mine de ne pas entendre les réserves de Chloé et lui colla la laine et les aiguilles dans les mains.

– C’est pour toi. Quand tu voudras, je t’apprendrai.

Chloé la remercia à nouveau et tenta de lui rendre l’encombrant présent, en vain.

– On ne rend pas un cadeau. Ça fait tomber le malheur sur la tête.

– Vous ne comprenez pas, vous perdez votre temps, Birgit. Je n’ai pas besoin de tricoter et j’ai simplement un coup de fatigue, rien de plus.

La vieille dame lui sourit et se leva.

– Si ça recommence, viens me voir.

Une fois Birgit partie, Chloé posa le matériel à tricot sur la table de nuit et se lova sur le rebord de la fenêtre.

[…]

[…] Elle ouvrit la porte de la pension espérant secrètement que Birgit serait là à l’attendre, tout en redoutant qu’elle y soit vraiment : elle ne parviendrait pas à donner une nouvelle fois le change, si tant est qu’elle y soit parvenue quelques heures plus tôt.

Elle parvint à se faufiler dans l’escalier et monta les marches quatre à quatre. Une fois dans sa chambre, elle s’allongea sur son lit et resta prostrée, les yeux tournés vers la pelote de laine qui gisait sur sa table de nuit. Apres quelques minutes à sentir ses muscles se tétaniser, elle se résolut à l’attraper et se releva. Elle redescendit les escaliers avec la sensation que ses jambes étaient en coton. Elle poussa la porte du séjour entrouverte. Birgit était assise au coin du feu et semblait l’attendre.

La voix étranglée, Chloé tendit la pelote à la vieille dame.

– Voulez-vous bien m’apprendre ?

– Bien sûr mon petit… lui répondit Birgit en tapotant la place libre à côté d’elle.

Chloé obtempéra comment une petite fille – ce qu’elle était à l’instant présent. Birgit positionna les aiguilles entre ses doigts et, guidant les mains de Chloé commença à monter les mailles en chantant une comptine.

– Je pique la maille, je lui passe la corde autour du cou, je la fais passer par le petit trou, je la jette par la fenêtre, voilà une première maille…

Petit à petit, elle laissa Chloé répéter les gestes, en continuant de murmurer la comptine. Chloé, qui n’opposait plus aucune résistance, poursuivit la tâche entreprise par la logeuse, regardant avec fascination les mailles s’ajouter les unes aux autres. Elle finit un rang, Birgit lui montra comment en commencer un autre et Chloé continua, se mettant peu à peu dans un état second. Toute la tension éprouvée lors de sa crise d’angoisse semblait s’échapper de ses mains au fur et à mesure des mailles qu’elle montait.

Soudain, elle se mit à dire tous ces mots qu’elle retenait prisonniers depuis des mois.

[…]

Ces quelques lignes sont extraites d’un petit livre qu’une amie m’a offert pour Noël et que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, m’y reconnaissant bien souvent !

Reporter de guerre émérite, Chloé aime le frisson, l’adrénaline, le danger. Mais quand elle est coincée au journal, elle est insupportable. Son rédacteur en chef décide donc de l’éloigner un moment, pour le bien des équipes. Direction Gilleleje, petit village côtier au nord du Danemark, dont les habitants viennent d’être très sérieusement déclarés  » les plus heureux du monde « . Le bonheur ? Chloé ça lui donne le bourdon… mais on ne lui laisse pas le choix : c’est ça ou la porte. Alors l’habituée des conflits va devoir s’adapter aux grosses chaussettes au coin du feu. Et cela pourrait bien changer sa vie.

.

.

C’est mon père qui m’a appris à tricoter. Mon premier ouvrage a été une longue écharpe turquoise au point de riz.

Depuis, j’ai toujours tricoté, alternant avec la broderie ou le crochet ces dernières années.

Je viens de terminer un poncho pour Clarisse, modèle de Bergère de France réalisé avec la laine Amigo XL de Hobbii.

.

Véronique veut le même !

Yapluka !!!

.

A bientôt,

Catherine

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7 commentaires pour Le bonheur vient une maille après l’autre…

  1. Béatrice dit :

    Jolie livre et superbe tricot

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  2. MissParker dit :

    J’ai lu ce livre et j’ai aimé 🙂
    Superbe poncho !
    Douce nuit, bisous, gros câlins à Mika 😛

    Aimé par 1 personne

  3. Mamily dit :

    Oh ! Superbe ! Le modèle et le petit mannequin ! Bravo, j’aime aussi la couleur, tu tricotes en dormant ??? Clarisse a l’air vraiment contente, tu vas faire quelle couleur pour Véronique ? Ton papa a été un bon professeur… Bisous.

    Aimé par 1 personne

  4. noellebrode dit :

    C’est superbe!
    Merci pour le conseil de lecture!
    Bises

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  5. Brigitte Foncez dit :

    Merci pour cet extrait de livre qui donne envie de le lire. Jolie petite comptine qu’il faudrait que je retienne pour le jour où ma petite fille (8 mois) me demandera de lui apprendre à tricoter – j’ai le temps.
    Bravo pour le poncho de Clarisse. Elles vont être fière des les porter ensemble quand tu auras fait celui de Véronique. Tu as raison de prendre un fil gris sombre pour mieux voir le relief des points surtout si tu tricotes le soir.
    En rigolant, mon papa disait en me regardant : « moi j’tricote dans mon coin, j’suis idiote, j’suis idiote » avec des sourires pleins les yeux. Mais il était fière que je lui tricote un pull plus long dans le dos pour avoir bien chaud dans la région lombaire. (mais il n’a pas eu le temps de le mettre, j’en étais à l’assemblage de l’ouvrage – j’ai tout détricoté et utilisé le fil pour mon petit fils)
    Bonne fin de semane,
    Bisous

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  6. Ah ! les aventures de Chloé, et puis les aventures de Clarisse….je suis surprise de voir des manches à ton poncho, c’est très joli.

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