Vingt ans déjà

Mon père est décédé par un beau jour ensoleillé de mai. C’était il y a vingt ans, c’était hier.

Il y a cinq ans, j’avais posté un billet que je recopie ici, sans en changer un seul mot.

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Quand les gens que nous aimons nous quittent, après la sidération, nous traversons diverses phases qui nous font les voir toujours meilleurs qu’ils ne l’étaient. Puis, le temps faisant son affaire, ils tombent de leur piédestal pour redevenir ceux que nous aimions et qui nous manquent, avec leurs qualités… et aussi leurs petits et gros défauts.

Il y a quinze ans que mon père est parti. Ce qui me surprend aujourd’hui c’est la vitesse à laquelle le temps a filé.

J’ai souvent parlé de lui, de son enfance difficile après le décès prématuré de sa mère, de sa jeunesse…  Oui, on disait de lui qu’il était intelligent, très cultivé, entier, qu’il avait de l’or dans les mains.  Maintenant je peux dire qu’il était aussi un père exigeant, dur, soupe au lait, impatient, perfectionniste… Il était colérique comme pas deux, et Cyrille disait de lui : « un jour, Papy il va se mettre à gueuler et pouf, il tombera comme ça dans son jardin ! » 

Malheureusement, les choses ne se sont pas passées ainsi.

J’ai choisi quelques photos que j’aime de lui, des photos qui le représentent bien.  Je sais qu’elles feront plaisir à tous ceux qui le connaissaient et l’aimaient pour ses qualités, et peut-être encore plus pour ses défauts.

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Le premier enfant

Il avait trente ans et le bébé, c’était moi !  Cette photo date de l’été 1958. Heureusement que ma mère m’a dit combien mon arrivée l’avait ému, parce que j’ai du mal à l’imaginer.

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Les vacances

Les seuls moments où nous voyions notre père, c’était pendant les vacances d’été et à Noël. Le reste du temps, loin des trente-cinq heures, des cinq semaines de congés payés et des RTT, les pères travaillaient beaucoup.

Là, nous sommes à l’Ile de Ré. Je viens d’avoir six ans. Jean-Marc a quatre ans et demi et Martine, deux ans et demi.

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Le premier petit-enfant

Arrivé quelques jours avant Noël 1981, Cyrille a été le premier des dix petits-enfants qui se sont suivis jusqu’à l’arrivée de Thomas en avril 1993 (*).

Pour mon père, les enfants étaient intéressants quand ils marchaient seuls et surtout quand ils commençaient à parler et qu’il pouvait commencer à leur transmettre les fondamentaux de la vie : savoir faire du vélo sans roulettes, lacer ses chaussures tout seul, apprendre à compter, et manger du poisson sans rechigner.

 (*) Mes parents n’ont pas connu Alice, née en 2007 du deuxième mariage de ma soeur.

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Fume, fume, fume cette cigarette !

Le matin, il arrivait pour déjeuner la clope au bec, et tout le reste de la journée, c’était cigarette sur cigarette. Même en voiture ! Combien de cigarettes a-t-il pu fumer dans sa vie ?

Il aura fallu un infarctus en 1983 pour qu’il arrête de fumer.

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Joyeux anniversaire

Comme lui, Véronique est née en février. J’ai longtemps espéré qu’elle naisse aussi le 19… elle a attendu le 23.

Ils ont partagé leur gâteau et les bougies jusqu’aux 15 ans de Véronique.

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La pêche

C’était un de ses hobbies. En rivière, et surtout en mer. Ce jour-là, il a pêché l’anguille de sa vie. J’étais sur la plage à le regarder. Je l’ai vu revenir sur le sable en courant. Je n’ai eu que le temps de sortir mon appareil jetable de mon sac et j’ai pris la photo sans viser, sans cadrer : la photo de ma vie ! Je l’avais fait agrandir et elle trônait sur le mur de la cuisine chez mes parents.

C’était à l’Ile de Ré en 1989.

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Le roi des écailliers

C’était son boulot d’ouvrir les huîtres. Il ne fallait pas être regardant sur l’état dans lequel il laissait l’évier. Pour autant, personne n’aurait osé lui prendre sa place. Avec le temps, son fils et ses gendres étaient autorisés à l’aider !

Pour lui, rien ne valait un bon plateau de fruits de mer.

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Pas un jour sans mots-croisés

De tous temps, je l’ai vu faire des mots croisés. Quand il rentrait du boulot, ma mère nous envoyait dans notre chambre pour le laisser tranquille. C’était le moment où il lisait le Dauphiné Libéré et faisait ses mots-croisés… en fumant. C’était son rituel.

Pendant les vacances et la retraite, il en a fait beaucoup. Il n’aimait pas que j’avance ses grilles quand il laissait ses mots-croisés traîner sur une table !

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La fête des pères

Pour lui, c’était des conneries ! Mais je crois qu’il aurait été blessé qu’on oublie la fête des pères. Quand nous étions petits, il avait droit à une cravate, ou un étui à cigarettes, ou un briquet.

Quand il a arrêté de fumer, c’est devenu difficile de trouver comment lui faire plaisir. Pour sa dernière fête des pères, je lui ai offert ce livre sur Gaston  Rebuffat écrit par son homonyme Yves Ballu.

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Les chiens

Il y a eu plusieurs chiens chez mes parents. Le premier était un boxer, Teddy, quand j’avais douze ans. Puis sont arrivés :

  • Youri, un autre boxer,
  • Randa, une cocker noire que j’avais voulue mais n’ai pas assumée,
  • Félix, un pékinois magnifique mais méchant comme la peste,
  • Orphée et Orient, les deux king-charles jumeaux à quelques jours près. Orphée a été accueilli quelques semaines avant Orient.

Cette photo a été prise à l’automne 98, quand mes parents sont allés chercher Orient chez l’éleveuse.  Ce petit chien n’avait que quinze mois quand mes parents sont partis, et il est devenu mon titi.

Je crois qu’Orphée et Orient ont été les derniers grands bonheurs de mes parents.

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Mais mon père, c’était aussi un original qui pouvait faire l’imbécile, chanter à tue-tête n’importe où, mettre de la musique militaire à fond pour nous réveiller le dimanche matin…

Oui, mon père c’était ÇA aussi !

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Dis Papa, 71 ans, c’était un peu court !

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J’espère que tous ceux qui l’ont aimé le retrouveront dans ce portrait, et je pense évidemment et surtout à Jean-Marc et Martine avec qui j’ai tout partagé.

A bientôt,

Catherine

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5 commentaires pour Vingt ans déjà

  1. MissParker dit :

    Très bel hommage !
    Rien à ajouter.
    Douce journée Catherine, bisous, câlins

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  2. micheledelimoges dit :

    Un vrai papa, dur, tendre qui sait faire le pitre aussi.

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  3. edithpiroshka dit :

    Tu l’aimais et il s’était fait aimer c’est le principal ….. Il est dans ton coeur !
    je ne pourrais pas en dire autant pour moi ….

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  4. Martine dit :

    Souvent par pudeur, on retient ses sentiments. On le sait : on a tort mais on ne peut rien faire.
    Sur la feuille blanche, au bout du clavier, les mots se forment presque seuls et permettent de les exprimer.
    Un hommage, un vrai …Ces photos montrent une belle complicité.

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  5. sistersmine dit :

    Your Father was a handsome man with a lovely family! I see your Mother in you. She was beautiful! Thank you for sharing!

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